{"id":2461,"date":"2015-03-15T15:44:06","date_gmt":"2015-03-15T14:44:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/?page_id=2461"},"modified":"2017-02-15T14:00:50","modified_gmt":"2017-02-15T13:00:50","slug":"simon-vestdijk-1898-1971-le-jardin-de-cuivre","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/litterature\/simon-vestdijk-1898-1971-le-jardin-de-cuivre\/","title":{"rendered":"Simon Vestdijk (1898-1971) : Le Jardin de cuivre"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>L&rsquo;intrigue du Jardin de cuivre se situe au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle dans une petite ville de Frise, province natale de Simon Vestdijk. Cette ville d\u00e9sign\u00e9e par W*** dans le roman est en fait la ville de Leeuwaarden.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Le roman d\u00e9bute au moment o\u00f9 \u00e0 8 ans, le jeune Nol assiste \u00e0 une repr\u00e9sentation d\u2019un concert sous le kiosque au parc public. L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment cuivre se r\u00e9f\u00e8re non seulement \u00e0 la couleur des feuilles du jardin \u00e0 l&rsquo;automne, mais aussi aux instruments de musique en cuivre. Le cuivre fait aussi r\u00e9f\u00e9rence au nom du chef d\u2019orchestre, Cuperus et \u00e0 sa fille Trix. Lors d&rsquo;une chaude journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9t\u00e9, Nol et Trix ont spontan\u00e9ment dans\u00e9 ensemble dans le parc municipal, au son d&rsquo;une musique fr\u00e9n\u00e9tique orchestr\u00e9e par le p\u00e8re de Trix. Ceci a provoqu\u00e9 en Nol une exaltation intense dont le souvenir restera pour lui inoubliable.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">[&#8230;] Un petit lac occupait le milieu de la vall\u00e9e, bord\u00e9 de plates-bandes de fleurs rouges et de grosses boules argent\u00e9es. Un pont rustique, un peu vermoulu sur le haut, le traversait : fait de f\u00fbts de bouleaux, il \u00e9tait assez d\u00e9mesur\u00e9 pour qu&rsquo;on p\u00fbt le croire pr\u00e9vu pour des crues cataclysmiques, et menait \u00e0 un \u00e9norme kiosque en bois, \u00e9norme surtout par sa hauteur. Le fond en \u00e9tait en arc de cercle, mais de mon poste, je ne pouvais en apercevoir qu&rsquo;une infime partie. J&rsquo;y vis trois musiciens petits, avec leurs cuivres. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px; text-align: justify;\">[&#8230;] Au gr\u00e9 de leur promenade, des visiteurs s&rsquo;attardaient au nord du petit lac, se hasardant m\u00eame aux abords du kiosque. Quelques enfants en faisaient partie, mais on ne voyait ni landaus, ni bonnes. A l&rsquo;extr\u00eame gauche, sur une all\u00e9e de tilleuls en contre-haut, une rang\u00e9e de tables longeait un mur trou\u00e9 de petits \u0153ils-de-b\u0153uf comme en ont parfois certaines vieilles \u00e9curies. Ce mur, le Pavillon principal le lan\u00e7ait \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un bras protecteur qui, \u00e0 vrai dire, ne se refermait pas, mais se serait termin\u00e9 en doigts si bien accroch\u00e9s aux buissons qu&rsquo;ils finissaient par se fondre dans le parc au bord duquel je me tenais. Du sentier descendait un raidillon de gazon, o\u00f9 il \u00e9tait hors de question d&rsquo;installer chaises et tables. Des cimes d&rsquo;arbres couronnaient le kiosque ; d&rsquo;un ample mouvement, elles tournoyaient dans la lumi\u00e8re aveuglante du soleil, laissant de temps \u00e0 autre appara\u00eetre la trace blanche et rugueuse d&rsquo;un impact ancien de fondre. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px; text-align: justify;\">[&#8230;] le monsieur en habit escaladait la gloriette ; sous des applaudissements qui enflaient \u00e0 mesure qu&rsquo;il montait&#8230;Il s&rsquo;\u00e9tait fait un silence total. Presque imm\u00e9diatement, la musique se d\u00e9cha\u00eena. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px; text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/coppermine\/displayimage.php?album=130&amp;pos=7\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2475 size-full\" src=\"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Leeuwarden-04.jpg\" alt=\"Leeuwaarden kiosque 4\" width=\"715\" height=\"469\" srcset=\"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Leeuwarden-04.jpg 715w, https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Leeuwarden-04-300x197.jpg 300w, https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Leeuwarden-04-624x409.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 715px) 100vw, 715px\" \/>Le kiosque de Leeuwaarden<\/a><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px; text-align: justify;\">[&#8230;] Mon nouvel observatoire me permettait de tout voir du kiosque jusqu&rsquo;au fond : les vents, instrumentistes graves, dont les efforts congestionnaient les nuques, les cuivres, la grosse caisse, les bois avec fl\u00fbtes et clarinettes embouch\u00e9es par de petits hommes \u00e9bahis, toute cette fanfare ob\u00e9issant au doigt et \u00e0 l\u2019\u0153il aux gestes \u00e9nergiques de l&rsquo;homme en habit, qui les excitait \u00e0 la fr\u00e9n\u00e9sie. Debout sur une caisse retourn\u00e9e et drap\u00e9e dans un tapis d\u2019un vert \u00e9teint, il se mouvait en tous sens. Fier, tr\u00e8s s\u00fbr de lui, il brandissait sa baguette ; mais dans son \u00e2me avaient \u00e9lu domicile d\u2019autres forces, bien plus douces : battre la mesure pouvait, s\u2019il le voulait, brusquement se r\u00e9soudre en une torsion des mains. Du reste, je voyais mal dans ces moments-l\u00e0, tant la musique avait pris possession, sans r\u00e9plique, de mes jambes, de mon cerveau, de mon \u00e9pine dorsale. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px; text-align: justify;\">[&#8230;] Au cours du troisi\u00e8me morceau, je d\u00e9couvris devant le Pavillon, \u00e0 quelques pas des messieurs impatients, une longue et p\u00e2le jeune fille, compl\u00e8tement solitaire, le regard tendu vers le kiosque \u00e0 musique. Gar\u00e7ons et ma\u00eetres d&rsquo;h\u00f4tel avaient beau presque la bousculer avec leurs plateaux qui portaient le lait, les choux, la limonade et le petit verre de baies de cassis baignant dans le geni\u00e8vre, elle ne d\u00e9tournait pas les yeux, et je sentais en elle une tension comparable \u00e0 la mienne devant le miracle qui s&rsquo;accomplissait l\u00e0-bas. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px; text-align: justify;\">[&#8230;] Mes mains soudain se trouv\u00e8rent prises dans de longues mains fra\u00eeches. Je levai la t\u00eate ; \u00e0 l&rsquo;autre bout de ces deux cha\u00eenes si souples, rythmant la cadence avec moi, dansait la grande fille p\u00e2le que j&rsquo;avais vue \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du Pavillon. Elle \u00e9tait d&rsquo;une t\u00eate plus haute que moi. Par moments, j&rsquo;avais l&rsquo;impression de planer, attir\u00e9 vers elle ; je savais bien pourtant qu&rsquo;elle ne m&rsquo;aurait jamais permis d&rsquo;enlacer sa taille, comme font d&rsquo;ordinaire les danseurs. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px; text-align: justify;\">[&#8230;] c&rsquo;est alors qu&rsquo;elle me l\u00e2cha pour regagner pr\u00e9cipitamment la place o\u00f9 elle se trouvait d&rsquo;abord et o\u00f9, \u00e0 travers des nuages de poussi\u00e8re, les yeux papillonnant d&rsquo;un rideau de brume, je pus la contempler, qui avait repris sa pose immobile.<br \/>\nElle avait le visage tourn\u00e9 vers le kiosque \u00e0 musique, et ne faisait plus du tout attention \u00e0 moi : j&rsquo;\u00e9tais Gros-Jean comme devant. Ce n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s chic. [&#8230;]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px; text-align: justify;\">[&#8230;] Les applaudissements ne s&rsquo;\u00e9taient pas encore \u00e9teints que les musiciens en sueur se trouvaient d\u00e9j\u00e0 sur le petit pont ; abandonn\u00e9s, leurs cuivres luisaient dans la haute niche de bois brun clair du kiosque. [&#8230;]<\/p>\n<h4 style=\"padding-left: 30px;\">VESTDIJK, Simon, <em>Le Jardin de cuivre<\/em>, roman traduit du n\u00e9erlandais par Jacques Plessen et Robert Sctrick, Paris, Editions Ph\u00e9bus, 1993. ISBN 978-2-8594-0269-3<\/h4>\n<h4 style=\"padding-left: 30px;\">Titre original : <em>De Koperen Tuin<\/em>, 1950<\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;intrigue du Jardin de cuivre se situe au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle dans une petite ville de Frise, province natale de Simon Vestdijk. Cette ville d\u00e9sign\u00e9e par W*** dans le roman est en fait la ville de Leeuwaarden. 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