{"id":291,"date":"2014-09-11T17:10:06","date_gmt":"2014-09-11T16:10:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/?page_id=291"},"modified":"2016-04-24T10:53:30","modified_gmt":"2016-04-24T09:53:30","slug":"said-al-kafrawi-1939-le-kiosque-a-musique","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/litterature\/said-al-kafrawi-1939-le-kiosque-a-musique\/","title":{"rendered":"Sa\u00efd al &#8211; Kafrawi (1939-&#8230;) : Le Kiosque \u00e0 musique"},"content":{"rendered":"<div style=\"width: 910px; border: 3px solid #BFF0C3; padding: 50px 25px 50px 25px;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sa\u00efd al \u2013 Kafrawi est le nouvelliste \u00e9gyptien le plus c\u00e9l\u00e8bre de sa g\u00e9n\u00e9ration, gr\u00e2ce \u00e0 ses sept recueils publi\u00e9s \u00e0 partir de 1984. Cette anthologie, Le Kiosque \u00e0 musique, parue en 1997, regroupe dix-huit nouvelles qui permettent de retracer son itin\u00e9raire. Ces nouvelles dressent le portrait d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9gyptienne du 20e si\u00e8cle encore fortement impr\u00e9gn\u00e9e des traditions.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Voici des extraits de la nouvelle intitul\u00e9e <\/em>Le kiosque \u00e0 musique<em> qui donne son titre au recueil, kiosque r\u00e9el ou fictif de la ville du Caire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[&#8230;] Et tu les voyais &#8211; quand tu \u00e9tais petit jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9bahissement -, formant, avec leur air de tendresse candide, un cercle musical. Ils entraient en costume blanc, dans le style de l&rsquo;\u00e9poque, coiff\u00e9s de tarbouches apport\u00e9s l\u00e0 par le gouverneur qui avait habit\u00e9 la citadelle puis, vers la fin de ses jours, \u00e9tait parti vivre au bord de la grande mer sal\u00e9e. Ils se tenaient au centre du public, des fleurs rouges pointant de leur veste, et jouaient les hymnes patriotiques que les anc\u00eatres avaient un jour port\u00e9s dans leur imaginaire, avant que ne les d\u00e9robent les bandits de grands chemins, les chefs de bandes, les truands, les pauvres diables, ceux qui n&rsquo;ont pas d&#8217;empire sur les choses de ce monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tu les voyais dans les concerts, jouant de leurs cuivres \u00e9tincelant sous le soleil de la pleine journ\u00e9e. Autour d&rsquo;eux la veuve, la femme enceinte, les vagabonds, l&rsquo;homme au turban, un tel venu des provinces lointaines par le pont de pis\u00e9, tel autre qui sortait de l&rsquo;impasse du Mamelouk, celui qui habitait le monument ancien, le passant des deux rives, le lecteur de vieux manuscrits et les enfants du verger, baign\u00e9s \u00e0 l&rsquo;eau de la source et vou\u00e9s \u00e0 l&rsquo;hymne c\u00e9leste, avan\u00e7ant dans le vent soufflant de l&rsquo;est sur une ville qui ne connaissait pas la clameur de la mort ni le go\u00fbt du vacillement de l&rsquo;\u00e2me. Debout sous le kiosque de bois, ils jouaient les versets du soir, les oraisons et l&rsquo;amour de la patrie. Ta paume dans la paume de ta m\u00e8re, tu l&rsquo;interrogeais :<br \/>\n&#8211; Qui sont ces gens, maman ?<br \/>\n&#8211; Ce sont les musiciens, r\u00e9pondait-elle.<br \/>\n&#8211; Et comment s&rsquo;appelle cet endroit ?<br \/>\n&#8211; Le kiosque \u00e0 musique, mon enfant. [\u2026]<\/p>\n<p>[&#8230;] Ce sont les musiciens qui m&rsquo;ont donn\u00e9 l&rsquo;intimit\u00e9 et le plaisir d&rsquo;autrefois et m&rsquo;ont encourag\u00e9 \u00e0 m&rsquo;approcher d&rsquo;eux, quand j&rsquo;\u00e9tais encore enfant, pour demander au chef d&rsquo;orchestre :<br \/>\n&#8211; Monsieur, s&rsquo;il vous pla\u00eet, j&rsquo;aimerais entendre \u00ab\u00a0Comme il est beau d&rsquo;aimer\u00a0\u00bb&#8230;<br \/>\nTournant le dos, il frappait de sa petite baguette le chevalet install\u00e9 devant lui. Les musiciens faisaient silence, alors il soulevait sa baguette et leur lan\u00e7ait :<br \/>\n&#8211; Pr\u00eats ? \u00ab\u00a0Comme il est beau d&rsquo;aimer\u00a0\u00bb.<br \/>\nIls jouaient la chanson et j&rsquo;\u00e9tais sous le charme, moi le gar\u00e7on qui me tenais \u00e0 la lisi\u00e8re de l&rsquo;eau et du feu, qui voyais l&rsquo;ombre et le chatoiement du soleil et humais le parfum du vent dans le bosquet. Puis s&rsquo;avan\u00e7ait quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre qui demandait au chef :<br \/>\n&#8211; S&rsquo;il vous pla\u00eet, nous voudrions l&rsquo;hymne \u00ab\u00a0Egypte, je me sacrifie pour toi\u00a0\u00bb.<br \/>\nIl hochait la t\u00eate d&rsquo;un air affable et je voyais resplendir le paradis sur son visage, avec un sourire comme la lumi\u00e8re d&rsquo;une lanterne qu r\u00e9pandait sur nous, spectateurs, une bienveillance, une chaleur. J&rsquo;avais peur alors qu&rsquo;avec le temps je ne puisse plus voir cela, ce que je tenais alors, qui peuplait la ville peupl\u00e9e d&rsquo;arbres, la ville dont le corps \u00e9tait vrai, paisible, serein Et quand le jour s&rsquo;ach\u00e8verait, je leur dirais adieu &#8211; alors qu&rsquo;ils s&rsquo;en allaient vers leurs logis &#8211; comme aux saisons r\u00e9volues de ma lointaine enfance.<\/p>\n<p>O\u00f9 sont partis maintenant les musiciens ?<br \/>\nOn ne les voit plus dans la ville. [&#8230;]<\/p>\n<p>[&#8230;] Je les ai cherch\u00e9s place Tahrir et place Rams\u00e8s, au parc Merryland, en bas du mont Moqattam, au pied de la tour du Caire, rue du 23-Juillet, avenue Gamal-Abdel-Nasser, \u00e0 la cit\u00e9 Sadate, la station Moubarak, sur le boulevard Salah-Salem et la place Hussein, dans la ruelle du caf\u00e9 Fichawi, rue de la R\u00e9volution, place Mancheyya&#8230;<br \/>\nPas la moindre trace d&rsquo;eux ; je n&rsquo;ai entendu que le sifflement du vent.<br \/>\nLes faiseurs de musique d&rsquo;autrefois,<br \/>\nQui faisaient notre amour de ces lieux disparus,<br \/>\nQui nous ont laiss\u00e9s sans regret,<br \/>\nEt s&rsquo;en sont all\u00e9s. [&#8230;]<\/p>\n<p>[&#8230;] Les voil\u00e0\u2026<br \/>\nIl me semble les conna\u00eetre, les avoir vus autrefois.<br \/>\nCinq hommes d&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr, frapp\u00e9s par la vieillesse et la d\u00e9cr\u00e9pitude, ils ont l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre un des piliers de cette vieille ville.<br \/>\nObserve les visages, les traits, et rappelle-toi que tu as vu cela dans ton enfance aim\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9raison ; et ta jeunesse, o\u00f9 tu les poursuivais de place en place, et de f\u00eate en f\u00eate. [\u2026]<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les musiciens, ce sont les musiciens !\u00a0\u00bb, tu t&rsquo;es exclam\u00e9.<br \/>\n&#8211; Ce qu&rsquo;il en reste&#8230;<br \/>\nLe \u00ab\u00a0maestro\u00a0\u00bb et quatre de ses musiciens.<br \/>\nCe sont eux&#8230; Ce sont eux que tu voyais jouer sur les places publiques, lors des f\u00eates et des c\u00e9l\u00e9brations nationales.<br \/>\nIls se retrouvent, boivent une infusion de cannelle, leurs t\u00eates se rapprochant pour deviser \u00e0 mi-voix ; puis ils s&rsquo;en vont. [&#8230;]<\/p>\n<p>[&#8230;] Au bout du quartier se trouvait une maison ancienne o\u00f9 ils entr\u00e8rent par un portail de fer forg\u00e9.[&#8230;]<br \/>\nJe vis un jardin en fleurs, avec des arbres touffus, bord\u00e9 d&rsquo;all\u00e9es pav\u00e9es. Au centre, une fontaine de marbre avec une statue de vierge se baignant, et un kiosque de bois couvert de plantes grimpantes \u00e0 fleurs jaunes.<br \/>\nJe restai muet. <em>On dirait le vieux kiosque \u00e0 musique<\/em>&#8230;<br \/>\nJe vis le vieux maestro &#8211; c&rsquo;\u00e9tait s\u00fbrement \u00e0 lui qu&rsquo;appartenait la maison &#8211; installer les cuivres des quatre musiciens. Face \u00e0 eux, il leva sa baguette et ils se mirent \u00e0 jouer. \u00ab\u00a0Quand vient le soir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La voisine de la vall\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Dis, ma belle, quand reviendra le temps\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Poussi\u00e8re d&rsquo;or glissant entre deux rives\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Je me suis vu, cependant qu&rsquo;\u00e0 travers la palissade je les regardais jouer comme pour eux-m\u00eames, je me suis vu redevenir un petit enfant, ma paume dans la paume de ma m\u00e8re morte depuis bien des ann\u00e9es, et d\u00e9gager ma main de la sienne pour m&rsquo;approcher d&rsquo;eux en tr\u00e9buchant de confusion, les priant de jouer pour moi, le vieillard \u00e0 la t\u00eate grisonnante, l&rsquo;hymne \u00ab\u00a0\u00c9gypte, je me sacrifie pour toi\u00a0\u00bb. Alors, \u00e0 ma grande surprise, je les ai vus exaucer mon v\u0153u, tous leurs regards tourn\u00e9s vers moi, vers l&rsquo;enfant aux cheveux blancs, et sourire.<\/p>\n<h4>KAFRAWI, Sa\u00efd al &#8211; , <em>Le kiosque \u00e0 musique<\/em>, Nouvelles traduites de l\u2019arabe (Egypte) par St\u00e9phanie Dujols, Editions Actes Sud, 2002 (ISBN 2 \u2013 7427 \u2013 3690 5)<br \/>\n\u00ab\u00a0Le kiosque \u00e0 musique\u00a0\u00bb (<em>Kushk al-mus\u00eeq\u00e2<\/em>)<br \/>\ntir\u00e9 de La Maison des passants (<em>Bayt lil-`\u00e2bir\u00een<\/em>), D\u00e2r al-Multaq\u00e2, Le Caire, 1993<\/h4>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sa\u00efd al \u2013 Kafrawi est le nouvelliste \u00e9gyptien le plus c\u00e9l\u00e8bre de sa g\u00e9n\u00e9ration, gr\u00e2ce \u00e0 ses sept recueils publi\u00e9s \u00e0 partir de 1984. Cette anthologie, Le Kiosque \u00e0 musique, parue en 1997, regroupe dix-huit nouvelles qui permettent de retracer son itin\u00e9raire. 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