{"id":362,"date":"2014-09-16T19:35:34","date_gmt":"2014-09-16T18:35:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/?page_id=362"},"modified":"2016-04-24T15:43:57","modified_gmt":"2016-04-24T14:43:57","slug":"jules-laforgue-1860-1887-le-miracle-des-roses","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/litterature\/jules-laforgue-1860-1887-le-miracle-des-roses\/","title":{"rendered":"Jules Laforgue (1860-1887) : Le miracle des roses"},"content":{"rendered":"<div style=\"width: 910px; border: 3px solid #BFF0C3; padding: 50px 25px 50px 25px;\"><em>Tout porte \u00e0 croire que la nouvelle intitul\u00e9e <\/em>Le miracle des roses<em> se situe \u00e0 Baden-Baden (Allemagne). On sait que Jules Laforgue s\u00e9journa dans cette ville (il y fit m\u00eame des croquis) ainsi qu\u2019\u00e0 Berlin o\u00f9 il travailla.<br \/>\nCette \u00ab\u00a0petite ville d\u2019eaux\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019on soigne les tuberculeux et l\u2019allusion \u00e0 \u00ab\u00a0la chapelle grecque aux coupoles dor\u00e9es, avec ses caveaux o\u00f9 l&rsquo;on rel\u00e8gue tout ce qui meurt de la famille des princes Stourdza\u00a0\u00bb fait penser \u00e0 Baden-Baden.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jamais, jamais, jamais cette petite ville d&rsquo;eaux ne s&rsquo;en douta, avec son inculte Conseil municipal d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par des montagnards rapaces et nullement op\u00e9ra-comique malgr\u00e9 leur costume.<br \/>\nAh! que tout n&rsquo;est-il op\u00e9ra-comique!&#8230; Que tout n&rsquo;\u00e9volue-t-il en mesure sur cette valse anglaise Myosotis, qu&rsquo;on entendait cette ann\u00e9e-l\u00e0 (moi navr\u00e9 dans les coins, comme on pense) au Casino, valse si d\u00e9cemment m\u00e9lancolique, si irr\u00e9parablement derniers, derniers beaux jours!&#8230; (Cette valse, oh! si je pouvais vous en inoculer d&rsquo;un mot le sentiment avant de vous laisser entrer en cette histoire !) [\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[&#8230;] Petite ville, petite ville de mon c\u0153ur.<br \/>\nOr les malades n&rsquo;y tournent pas autour des Sources, tenant en main le verre gradu\u00e9. C&rsquo;est des bains qu&rsquo;on y prend : eaux \u00e0 25 degr\u00e9s (se promener apr\u00e8s le bain, puis faire un somme): et c&rsquo;est pour les n\u00e9vropathes, et c&rsquo;est surtout pour la femme, pour les f\u00e9minines qui en sont l\u00e0.<br \/>\nOn les voit errer, les bons n\u00e9vropathes, tra\u00eenant une jambe qui ne valsera plus m\u00eame sur l&rsquo;air fragile et compass\u00e9 de Myosotis, ou pouss\u00e9s dans une petite voiture capitonn\u00e9e d&rsquo;un cuir blas\u00e9; on en voit quitter soudain leur place pendant un concert au Casino, avec d&rsquo;\u00e9tranges bruits de d\u00e9glutition automatique; ou soudain, \u00e0 la promenade, se retourner en portant la main \u00e0 leur nuque comme si quelque mauvais plaisant venait de les frapper d&rsquo;un coup de rasoir: on en rencontre au coin des bois, la face agit\u00e9e d&rsquo;inqui\u00e9tants tics, semant dans les ravins ant\u00e9diluviens les petits morceaux de lettres d\u00e9chir\u00e9es. Ce sont les n\u00e9vropathes, enfants d&rsquo;un si\u00e8cle trop brillant: on en a mis partout.<br \/>\nLe bon soleil, ami des couleuvres, des cimeti\u00e8res et des poup\u00e9es en cire, attire aussi l\u00e0, comme ailleurs, quelques phtisiques race \u00e0 pas lents mais ch\u00e8re au dilettante. [&#8230;]<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/coppermine\/displayimage.php?album=305&amp;pos=1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-367 size-full\" src=\"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/Baden-Baden-02-e1416142604791.jpg\" alt=\"Baden Baden\" width=\"625\" height=\"395\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/coppermine\/displayimage.php?album=305&amp;pos=1\" target=\"_blank\"><em> L&rsquo;ancien kiosque de Baden-Baden<\/em><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[&#8230;] Au-del\u00e0 de cette verte pelouse de jeunesse en v\u00e9rit\u00e9 moderne. c&rsquo;est les premi\u00e8res collines, et la chapelle grecque aux coupoles dor\u00e9es, avec ses caveaux o\u00f9 l&rsquo;on rel\u00e8gue tout ce qui meurt de la famille des princes Stourdza. [\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026] Et puis des collines, des sites de chromo retouch\u00e9s de donjons romantiques et de cottages \u00e0 croquer.<br \/>\nEt sur cette folle petite ville et son cercle de collines, le ciel infini dont on fait son deuil, ces \u00e9ph\u00e9m\u00e8res f\u00e9minines ne sortant jamais, en effet, sans mettre une frivole ombrelle entre elles et Dieu.<br \/>\nLe comit\u00e9 des f\u00eates va bien : nuits v\u00e9nitiennes, enl\u00e8vements d&rsquo;a\u00e9rostats (l&rsquo;a\u00e9ronaute s&rsquo;appelle toujours Karl Securius), carrousels d&rsquo;enfants, s\u00e9ances de spiritisme et d&rsquo;anti-spiritisme: toujours au son de ce brave orchestre local que rien au monde n&#8217;emp\u00eacherait d&rsquo;aller chaque matin aux Sources, \u00e0 sept heures et demie, jouer son choral d&rsquo;ouverture de la journ\u00e9e, puis, l&rsquo;apr\u00e8s-midi, sous les acacias de la Promenade (oh! les soli de la petite harpiste qui se met en noir, et se p\u00e2lit avec de la poudre, et l\u00e8ve les yeux au plafond du Kiosque, pour se faire enlever par quelque exotique n\u00e9vropathe \u00e0 \u00e2me fr\u00e9missante comme sa harpe!), puis, le soir dans la lumi\u00e8re \u00e9lectrique oblig\u00e9e (oh! la marche d&rsquo;A\u00efda sur le cornet \u00e0 piston vers les \u00e9toiles indubitables et chim\u00e9riques!&#8230;)<br \/>\nDonc, en d\u00e9finitive, cette petite station de luxe, la voil\u00e0 comme une ruche distingu\u00e9e, au fond d&rsquo;une vall\u00e9e. Tous, des couples errants, riches d&rsquo;un pass\u00e9 d&rsquo;on ne sait o\u00f9; et point de prol\u00e9taires visibles: (oh! que les capitales fussent de fines villes d&rsquo;eau!) rien que des subalternes de luxe, grooms, cochers, cuisiniers blancs sur le pas des portes le soir, conducteurs d&rsquo;\u00e2nes, piqueurs de vaches laiti\u00e8res pour phtisiques. Et toutes les langues, et toutes les t\u00eates qu&#8217;embellit la civilisation.<br \/>\nEt au cr\u00e9puscule, \u00e0 la musique vraiment quand, baillant un peu, on l\u00e8ve les yeux et voit cet \u00e9ternel cercle de collines bien entretenues, et ces promeneurs qui tournent avec des sourires aigus et pales, on a \u00e0 la folie le sentiment d&rsquo;une prison de luxe, au pr\u00e9au de verdure, et que c&rsquo;est tout des malades d\u00e9pos\u00e9s l\u00e0, des malades de romanesque et de pass\u00e9, rel\u00e9gu\u00e9s l\u00e0 loin des capitales s\u00e9rieuses o\u00f9 s&rsquo;\u00e9labore le Progr\u00e8s. [\u2026]<\/p>\n<h4>LAFORGUE, Jules, <em>Le miracle des roses<\/em>, in <em>Moralit\u00e9s L\u00e9gendaires<\/em>, 1887, Editions du Mercure de France, 1946.<\/h4>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout porte \u00e0 croire que la nouvelle intitul\u00e9e Le miracle des roses se situe \u00e0 Baden-Baden (Allemagne). On sait que Jules Laforgue s\u00e9journa dans cette ville (il y fit m\u00eame des croquis) ainsi qu\u2019\u00e0 Berlin o\u00f9 il travailla. Cette \u00ab\u00a0petite ville d\u2019eaux\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019on soigne les tuberculeux et l\u2019allusion \u00e0 \u00ab\u00a0la chapelle grecque aux coupoles [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":70,"menu_order":15,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"page-templates\/full-width.php","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-362","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/362","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=362"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/362\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3725,"href":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/362\/revisions\/3725"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/70"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=362"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}