{"id":3713,"date":"2016-04-24T15:58:49","date_gmt":"2016-04-24T14:58:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/?page_id=3713"},"modified":"2016-04-24T15:59:53","modified_gmt":"2016-04-24T14:59:53","slug":"julien-green-1900-1998-adrienne-mesurat","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/litterature\/julien-green-1900-1998-adrienne-mesurat\/","title":{"rendered":"Julien Green (1900-1998) : Adrienne Mesurat"},"content":{"rendered":"<div style=\"width: 910px; border: 3px solid #BFF0C3; padding: 50px 25px 50px 25px;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Jeune et belle, Adrienne Mesurat s\u2019\u00e9tiole entre un p\u00e8re tyrannique et born\u00e9 et une s\u0153ur plus \u00e2g\u00e9e, aigrie et malade. Ce trio s&rsquo;est \u00e9tabli dans une petite ville de province \u00e9triqu\u00e9e et m\u00e9disante, La Tour-l&rsquo;\u00c9v\u00eaque. Adrienne s&rsquo;ennuie tellement qu&rsquo;elle tombe amoureuse d&rsquo;un homme \u00e0 peine entrevu lors d&rsquo;une promenade, un homme dont elle ne connait pas vraiment le visage. Il n&rsquo;en faudra pas plus pour enflammer l&rsquo;\u00e2me de cette jeune solitaire et la conduire aux pires extr\u00e9mit\u00e9s. <\/em><\/p>\n<p>La Tour-l&rsquo;\u00c9v\u00eaque est un lieu imaginaire pr\u00e8s de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026] Mai tirait \u00e0 sa fin. D\u00e9j\u00e0 bon nombre de Parisiens s&rsquo;\u00e9taient abattus sur La Tour-l&rsquo;\u00c9v\u00eaque et la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;harmonie avait repris ses concerts qu&rsquo;elle donnait dans un kiosque situ\u00e9 au milieu du jardin public. Un peu plus d&rsquo;animation se remarquait dans les rues du centre, mais la partie de la ville qu&rsquo;habitaient les Mesurat conservait \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame tranquillit\u00e9 qu&rsquo;en hiver et au printemps. On entendait plus souvent des bruits de voitures sur la route nationale et c&rsquo;\u00e9tait tout.[\u2026]<\/p>\n<p>[\u2026] Ils poursuivirent leur route en silence. Quelques instants plus tard, ils arrivaient en vue du petit parc plant\u00e9 de tilleuls dont la municipalit\u00e9 avait dot\u00e9 la ville. Quatre heures et quart sonnaient \u00e0 la mairie et des groupes de promeneurs se dirigeaient vers l&rsquo;int\u00e9rieur du parc, non sans jeter de fr\u00e9quents coups d&rsquo;\u0153il dans la direction du ciel. Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 la grille, Adrienne et son p\u00e8re prirent l&rsquo;all\u00e9e principale jusqu&rsquo;au kiosque \u00e0 musique dont on apercevait de loin le toit de t\u00f4le rouge et les minces colonnes. Tout autour de cet \u00e9difice qui semblait vouloir imiter l&rsquo;architecture chinoise, on avait dispos\u00e9 des chaises pliantes, dont un grand nombre d\u00e9j\u00e0 \u00e9taient occup\u00e9es, mais une habitude de plus de huit ans assurait \u00e0 M. Mesurat et \u00e0 sa fille deux bonnes places un peu en arri\u00e8re de l&rsquo;endroit o\u00f9 se tenait le chef d&rsquo;orchestre.[\u2026]<\/p>\n<p>[\u2026] La jeune fille allait r\u00e9pondre quand des exclamations parties de tous les c\u00f4t\u00e9s l&rsquo;en emp\u00each\u00e8rent ; les musiciens arrivaient et les derni\u00e8res personnes qui r\u00f4daient autour du kiosque, sans pouvoir se d\u00e9cider \u00e0 prendre place, se pr\u00e9cipit\u00e8rent vers les chaises libres et s&rsquo;assirent tumultueusement. Un instant plus tard les instruments s&rsquo;accordaient. L&rsquo;orchestre attaqua un brillant morceau.<br \/>\nIl y avait trop longtemps qu&rsquo;Adrienne entendait ces concerts pour qu&rsquo;elle y trouv\u00e2t d&rsquo;ordinaire un plaisir bien vif. Elle avait l&rsquo;oreille assez juste, en effet, pour comprendre que ces musiciens jouaient m\u00e9diocrement, qu&rsquo;ils n&rsquo;observaient pas toujours la mesure, que la qualit\u00e9 de leurs instruments r\u00e9pondait mal aux intentions du compositeur. Ce jour-l\u00e0 cependant, d\u00e8s les premiers accords, elle \u00e9prouva une \u00e9motion singuli\u00e8re. Sans doute les r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements de sa vie l&rsquo;avaient-ils rendue plus sensible. Elle \u00e9couta une longue phrase qui s&rsquo;\u00e9levait lentement avec une sorte de nonchalance, et passait ensuite par un effort subit \u00e0 un rythme de plus en plus rapide. Elle en fut touch\u00e9e aussit\u00f4t, comme par une voix qui lui e\u00fbt parl\u00e9 d&rsquo;elle tout d&rsquo;un coup, en une langue qu&rsquo;elle seule pouvait entendre, et il s&rsquo;\u00e9tablit entre elle et l&rsquo;orchestre cette correspondance myst\u00e9rieuse, cette esp\u00e8ce de conversation secr\u00e8te qui est le charme le plus puissant de la musique et qui explique pourquoi elle a tant de prise sur le c\u0153ur humain.[\u2026]<\/p>\n<p>[\u2026] Dans le tumulte des applaudissements, elle entendit la voix tranquille de Mme Legras qui disait :<br \/>\n\u2014 Est-ce b\u00eate, cette musique !<br \/>\nEt elle eut envie de lui prendre la main, mais n&rsquo;osa pas. Cependant, des gouttes d&rsquo;eau tombaient sur les arbres. Quelques personnes ouvrirent des parapluies. Plusieurs se lev\u00e8rent, ind\u00e9cises, interrogeant du regard les musiciens qui parlaient entre eux. Enfin la pluie se fit plus drue tout d&rsquo;un coup et il y eut une cohue g\u00e9n\u00e9rale. Des gens escaladaient les marches du kiosque ; les autres s&rsquo;enfuyaient sous les arbres.[\u2026]<\/p>\n<h4>GREEN, Julien, <em>Adrienne Mesurat<\/em>, Plon, Paris, 1927, Le Livre de poche, 1962, N\u00b0 504-505.<\/h4>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jeune et belle, Adrienne Mesurat s\u2019\u00e9tiole entre un p\u00e8re tyrannique et born\u00e9 et une s\u0153ur plus \u00e2g\u00e9e, aigrie et malade. Ce trio s&rsquo;est \u00e9tabli dans une petite ville de province \u00e9triqu\u00e9e et m\u00e9disante, La Tour-l&rsquo;\u00c9v\u00eaque. 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