{"id":381,"date":"2014-09-16T20:04:30","date_gmt":"2014-09-16T19:04:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/?page_id=381"},"modified":"2017-02-15T13:52:59","modified_gmt":"2017-02-15T12:52:59","slug":"janine-montupet-1920-bal-au-palais-darelli","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/litterature\/janine-montupet-1920-bal-au-palais-darelli\/","title":{"rendered":"Janine Montupet (1920-&#8230; ) : Bal au palais Darelli"},"content":{"rendered":"<div style=\"width: 910px; border: 3px solid #BFF0C3; padding: 50px 25px 50px 25px;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>En France, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, deux s\u0153urs, Ad\u00e9la\u00efde et Donatienne, sont ouvri\u00e8res. Install\u00e9es dans deux villages sur chaque rive de l&rsquo;Is\u00e8re, Romans et Bourg-de-P\u00e9age, l&rsquo;une fabrique des chaussures, l&rsquo;autre des chapeaux. Mais \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9couvre l&rsquo;amour, elles deviennent s\u0153urs ennemies en s&rsquo;\u00e9prenant toutes deux du m\u00eame homme : Calixte Royer, qui r\u00eave de conqu\u00e9rir le Paris de la mode. Dans ce conflit, Ad\u00e9la\u00efde l&#8217;emporte et \u00e9pouse Calixte, que Donatienne ne cessera d&rsquo;adorer toute sa vie, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, malgr\u00e9 une r\u00e9ussite exemplaire. Au soir de leur vie, \u00e0 Venise, o\u00f9 les a conduites le d\u00e9roulement fabuleux de leurs destin\u00e9es dans le monde de la mode, Ad\u00e9la\u00efde et Donatienne laissent enfin s&rsquo;ouvrir leur c\u0153ur et parlent de cet homme qui, seul, a compt\u00e9 dans leur vie.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026] On \u00e9tait en automne, elle \u00e9tait mari\u00e9e depuis un peu plus d&rsquo;un an. Elle portait une robe neuve, \u00e0 tournure et de fin lainage roux, bord\u00e9e de velours ton sur ton. En velours aussi la capote nou\u00e9e si joliment sous le menton. Quant aux bottines ! Elle avait chauss\u00e9 l&rsquo;une de ses paires pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, en cuir mordor\u00e9 avec rang\u00e9e de boutons couleur d&rsquo;ambre. Mod\u00e8le qui avait eu un tel succ\u00e8s qu&rsquo;il en courait d\u00e9j\u00e0 dix r\u00e9pliques par la ville. Dix paires en un mois, sans compter les bottes du ch\u00e2telain, M. de Moirtiers, celles de deux officiers, et les richelieux de M. le maire. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas cela qui permettrait d&rsquo;acheter une maison, m\u00eame dans dix ans. Cela faisait vivre, sans plus. Alors, au faible pi\u00e9tinement de cette production Calixte Royer courant les pav\u00e9s de Romans s&rsquo;opposa soudain le long, bruyant, triomphal mart\u00e8lement d&rsquo;un r\u00e9giment de zouaves sur les routes caillouteuses du pays d&rsquo;Afrique, qu&rsquo;orchestra \u00e0 cet instant &#8211; \u00e9tait-ce un signe? &#8211; une non moins triomphale marche militaire venue du kiosque \u00e0 musique voisin.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/coppermine\/displayimage.php?album=55&amp;pos=18Romans-sur-Is\u00e8re-02.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-391 size-full\" src=\"https:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/Romans-sur-Is\u00e8re-02-e1416145681234.jpg\" alt=\"\" width=\"625\" height=\"403\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.kiosquesdumonde.net\/coppermine\/displayimage.php?album=55&amp;pos=18\" target=\"_blank\"><em>le kiosque de Romans-sur-Is\u00e8re<\/em><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ad\u00e9la\u00efde avait maintenant relev\u00e9 sa jolie t\u00eate. Elle jeta un regard autour d&rsquo;elle. Elle vit non plus les bottes de M. de Moirtiers, mais son petit sourire pinc\u00e9 qu&rsquo;accompagnait si bien une voix doucement insinuante, cette voix qui avait obtenu de Calixte un rabais important. Tout comme M. le maire arguant: \u00ab Toi que j&rsquo;ai connu enfant, tu vas s\u00fbrement me consentir un doux petit prix. \u00bb Ou encore cette bijouti\u00e8re de Valence affirmant: \u00ab Avec la r\u00e9clame que je vous fais parmi mes clientes les plus hupp\u00e9es de la ville, vous allez me transformer ces excessifs quatorze francs en dix bien ronds, bien nets. \u00bb Parce qu&rsquo;il y avait cela aussi, ces petits marchandages que l&rsquo;on ne peut se permettre qu&rsquo;avec un petit cordonnier-bottier. La marche militaire &#8211; si opportune! &#8211; emporta dans ses \u00e9clats de cymbales et de trompettes cette ronde de rabais, entra\u00eenant elle-m\u00eame une cohorte de c\u00f4telettes, r\u00f4tis et p\u00e2tisseries, perdus par ces manques \u00e0 gagner. Et si le pas rythm\u00e9 de souliers de zouaves et de turcos \u00e9crasait tout \u00e7a, un jour? Pourquoi pas? Si elle le voulait. [\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026] Elle savait quelles \u00e9toiles les lumi\u00e8res du Grand Caf\u00e9 jetaient dans le ciel de ses yeux. Elle les promena autour d&rsquo;elle, r\u00e9coltant, victorieuse, un bouquet de regards admiratifs. Alors elle se tourna vers Calixte et lui demanda:<br \/>\n&#8211; Tu aimes les marches militaires ?<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est une musique qui me donne envie d&rsquo;accomplir des prouesses.<br \/>\n&#8211; N&rsquo;est-ce pas? On y voit caracoler ton mar\u00e9chal Bugeaud dans ses bottes rouges et marcher les zouaves et les turcos au pas de course.<br \/>\n\u00c0 voix basse, Calixte murmura:<br \/>\n&#8211; J&rsquo;ai envie de t&#8217;embrasser. Que se passerait-il si je le faisais, ici, au milieu de tous ces gens? Et, comme elle se contentait de sourire, il ajouta:<br \/>\n&#8211; Ils ne diraient rien, ils m&rsquo;envieraient.<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait bien ce qu&rsquo;elle pensait. Elle d\u00e9cida, en buvant la derni\u00e8re gorg\u00e9e de son picon-grenadine, qu&rsquo;il \u00e9tait temps d&rsquo;agir. [\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026] Le nouveau kiosque \u00e0 musique de Romans fut inaugur\u00e9 un dimanche *. Calixte travaillait, comme souvent en p\u00e9riode de grande demande, et avec une partie de ses ouvriers. Ad\u00e9la\u00efde autorisa Gabriel-Marie \u00e0 la mener entendre les musiques militaires et civiles qui devaient donner concert ce jour-l\u00e0.<br \/>\nAntelme voyageait en Autriche-Hongrie, ce fut Numa qui entra\u00eena aussi Donatienne vers les flonflons.<br \/>\nEt ce qui devait arriver arriva. Un remous, une pouss\u00e9e de la foule, et les deux s\u0153urs se trouv\u00e8rent face \u00e0 face. Elles ne s&rsquo;\u00e9taient pas revues depuis deux ans, depuis leur rencontre chez le libraire.[\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026] Mais pour attirer le capitaine dans son petit univers, encore fallait-il qu&rsquo;Ad\u00e9la\u00efde le rencontr\u00e2t. Il y avait plusieurs possibilit\u00e9s se promener sur le principal boulevard de Romans o\u00f9, p\u00e9riodiquement, le 75e r\u00e9giment d&rsquo;infanterie faisait ses man\u0153uvres. Ou bien conduire sa voiture et Blackie II aux abords de la nouvelle caserne ou de la demeure du vicomte. Ad\u00e9la\u00efde les d\u00e9daignait, voulant \u00e9viter de para\u00eetre poursuivre l&rsquo;homme le plus adul\u00e9 de la garnison. Elle ne consentait qu&rsquo;\u00e0 aller, tous les dimanches apr\u00e8s-midi, \u00e9couter la musique du r\u00e9giment au kiosque de la place.<br \/>\nCalixte l&rsquo;y conduisait et Alexandre suivait. II \u00e9tait temps, disait sa m\u00e8re, puisqu&rsquo;il adorait siffloter, qu&rsquo;il ajout\u00e2t \u00e0 son r\u00e9pertoire autre chose que les rengaines des chanteurs des rues.<br \/>\nMais il semblait que Gabriel-Marie de Lirac n&rsquo;all\u00e2t pas souvent se m\u00ealer \u00e0 la foule romanaise que ces concerts attiraient. Et Ad\u00e9la\u00efde, sans vraiment se l&rsquo;avouer, rentrait chez elle d\u00e9\u00e7ue.<br \/>\nUn dimanche, Alexandre obtint d&rsquo;aller \u00e9trenner sa nouvelle canne \u00e0 p\u00eache plut\u00f4t que d&rsquo;accompagner ses parents. Calixte devait, de son c\u00f4t\u00e9, achever de mettre au point un mod\u00e8le de chaussure dont il avait eu l&rsquo;id\u00e9e. Ad\u00e9la\u00efde alla seule \u00e9couter des marches militaires et des ouvertures d&rsquo;op\u00e9ras. Le capitaine \u00e9tait l\u00e0. Mais accompagn\u00e9. Il escortait une jolie dame et, semblant fort occup\u00e9 par elle, ne parut pas voir Ad\u00e9la\u00efde.[ \u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026] Bathilde avait chaperonn\u00e9 sans rien voir et sans rien entendre. Elle fr\u00e9missait d&rsquo;impatience. Au lieu d&rsquo;\u00eatre assise face \u00e0 ces deux freluquets, elle aurait d\u00fb arpenter l&rsquo;entourage du kiosque \u00e0 musique. Louis-Bertrand y \u00e9tait le dimanche pr\u00e9c\u00e9dent en compagnie d&rsquo;une jolie jeune fille, et elle aurait voulu v\u00e9rifier s&rsquo;il y \u00e9tait encore et avec la m\u00eame personne ce dimanche-ci. Elle savait, par Mlle Am\u00e9lie, qu&rsquo;il avait emm\u00e9nag\u00e9 dans la petite maison du vicomte de Lirac. Il avait pris la succession de la location et s&rsquo;installait dans les meubles dont il avait h\u00e9rit\u00e9. Pourquoi laissait-il sa m\u00e8re seule dans sa grande maison, sinon pour \u00eatre plus libre? Pour vivre \u00e0 sa guise? Inviter des femmes? Celle du kiosque \u00e0 musique qui, \u00e0 la r\u00e9flexion, ne devait pas \u00eatre une jeune fille? [\u2026]<\/p>\n<p><em>* Le 3 juin 1888, jour de l\u2019inauguration du kiosque, \u00e9tait bien un dimanche.<\/em><\/p>\n<h4>Montupet, Janine, <em>Bal au palais Darelli<\/em>, Editions Robert Laffont, Paris, 1988, 484 p. (ISBN 2 \u2013 221 \u2013 08479 \u2013 9)<\/h4>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En France, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, deux s\u0153urs, Ad\u00e9la\u00efde et Donatienne, sont ouvri\u00e8res. 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